Propositions : faites trois tas de petits papiers contenant chacun un objet, un verbe, un adverbe.
Tirez au hasard un papier dans chaque tas.
Ecrivez.
• Un bijou : une broche
• Un verbe : respirer
• Un adverbe : religieusement

La broche religieuse, par Daniel H.

La nuit enveloppa rapidement la forêt, ne laissant plus visible qu’une lueur de brasier. Le groupe des villageois s’était rapproché du centre de l’esplanade. Dans la moiteur du soir, une odeur de viande grillée se répandait autour du foyer. Un jeune homme s’activait, faisant tourner lentement une grande broche au-dessus des braises. Un vieil homme trempait une branchette de palme dans une calebasse et en humectait religieusement les deux gigots enfilés sur une branche posée sur deux fourches de bois. Ses joues et sont torse étaient couverts de traces de chaux formant des arabesques compliquées. De lourds bracelets enserraient ses bras et ses chevilles. Une douce mélopée s’échappait doucement de ses lèvres. On aurait dit un cantique doux et mélodieux.
L’assemblée s’était accroupie en rond autour du foyer et respirait avidement cet appétissant effluve. Un tambourin se mit à scander discrètement la mélopée du vieil homme. Lentement, la mélodie prit de l’ampleur, reprise par l’assemblée qui se mit à osciller d’avant en arrière.
Les chants faisaient maintenant résonner la forêt de sons harmonieux. Les ombres des assistants se découpaient et dansaient sur les parois des cases alentour au gré du mouvement des flammes. La tension se faisait de plus en plus lourde.
Le vieil homme prit alors un morceau de bois qu’il avait posé à côté de lui et lança une incantation, les yeux levés vers l’astre lunaire. Il se mit à danser frénétiquement scandant ses pas au moyen de son grand bâton. Il saisit alors une cordelette qu’il fit tourner lentement au-dessus de sa tête. Les spectateurs s’étaient relevés et ils commencèrent à tourner dans le sens inverse du vieil homme. Le chant se faisait de plus en plus sonore.. Des singes hurleurs, dérangés dans leur sommeil, se mirent à crier dans le lointain. Le vieil homme s’agitait de plus en plus, faisant tournoyer sa cordelette qui émettait un léger sifflement.
Tout à-coup, il s’arrêta et lança la cordelette dans les braises. La foule stoppa instantanément sa ronde. Un chien, endormi, ouvrit un œil et se retourna sur un grand morceau d’étoffe blanche. Les spectateurs, fascinés, respiraient violemment les effluves du rôti, contemplant religieusement la petite croix qui se consumait lentement au bout de la cordelette.

Epilogue

La fête tirait à sa fin. La boisson fermentée avait eu des effets soporifiques sur certains et les corps s’étaient enchevêtrés là où ils avaient dégusté les tranches de viande sanguinolente que le sorcier leur avait partagée au moyen de son couteau de silex. D’autres palabraient doucement, regroupés en petits cercles. Le chef du village décortiquait encore de ses dents réduites à quelques chicots rougis par le bétel, le tibia de l’être décoloré qui s’était présenté quelques jours plus tôt, dans sa robe qui fut blanche mais dont le bas s’était rapidement crotté et recouvert de traces végétales.
Il était arrivé seul. Personne n’avait compris qui était cet être qui grognait en brandissant toujours entre ses doigts replets une petite croix pendue à une cordelette entourant son cou. Les gens furent effrayés par ce signe sacrilège et ils avaient été vite contraints de le faire cesser.
Un jeune enfant blotti dans le giron de sa mère étendue à quelques mètres du foyer se tourna doucement un sourire épanoui sur les lèvres. Le sorcier, confiant, se leva lentement jetant un os au chien endormi sur la robe blanche. Le banquet aura obligatoirement des effets bénéfiques sur la vigueur et l’agressivité de ses guerriers.
L’horizon blanchissait peu à peu et le soleil n’allait pas tarder à lancer son premier rayon.

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